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LES SÉCRÉTIONS INDIGNES  / LUC EYRAUD

Le mort-assis

(incipit )

 C’était un Dimanche, un Dimanche de Novembre, juste avant midi. Le téléphone qui hurle : c’était elle. Comme elle appelait jamais, sans qu’elle rajoute un mot j’ai compris qu’il était mort.

 Pourquoi aurait-elle appelé sinon ?

 On s’est décidés à faire la route l’après-midi. Juste pris un sac de vêtements de rechange, de toute façon l’incinération aurait lieu dans huit jours !

Pas avant ! Pourquoi ?

 J’en sais rien ! Je suppose que de nos jours on incinère les corps quand on a la certitude que le cadavre n’a pas été empoisonné ou n’est pas trépassé d’une mort suspecte. Clément E Est mort ! Bien ! Madame E pour le carboniser nous allons attendre quelques jours. Pourquoi ? C’est la règle, c’est tout ! Ou bien y avait-il à cette période hivernale une recrudescence de cadavres ? C’est possible. Certainement probable. Certainement plus probable que le fait qu’on autopsie systématiquement tous les corps d’un crematorium afin de repérer la cause non naturelle d’un décès. Sur la route les souvenirs revenaient, c’est logique aussi : un mort vous appelle à des souvenirs communs. En général. On se resitue par rapport à la date, déjà.

Juste avant.

  •  Non, un peu après.
  • Tu plaisantes ? C’était bien avant, quelques années même.
  •  Tu en es sûre ?
  •  Oui, certaine.

 Je conduisais et je pensais à lui, enfin, surtout à la nouvelle situation,  je me retrouvais dans le trio de tête. Plus aucune génération ne précédait la mienne. Je trouvais ça rassurant et très inquiétant. Je m’imposais, j’étais seul devant, le premier homme ... un des trois premiers, il restait encore les deux autres. Que je ne voyais jamais. Pour ainsi dire ma mémoire les avait éliminés, drastiquement. Par habitude et utilité pratique. Donc j’étais bien « seul devant ». Ayant d’ailleurs déjà ensemencé le ventre d’une femme, avec succès. Je me trouvais en tête de génération. Puisque cette femme avait donné la vie à un fils qui à son tour avait ensemencé le ventre d'une femme ayant donné la vie à un fils. Cela me donnait la préséance puisque les deux autres n’étaient comptables eux que d’une descendance. J’avais, moi, franchi le cap. Encombré à moi seul, l’arbre de quatre branches supplémentaires. Ce n’est pas pour autant que la guerre des clans n’aurait pas lieu mais, en somme, au volant, parti reconnaître l’état actuel du mort, je jouissais intellectuellement d’une certaine fierté à être le premier sur la liste et, une fois l’autre canonisé dans sa boîte je comptais bien revendiquer le poste du dessus de la pile, En fait c’était comme un soulagement. De tristesse. Je l’avoue, aucune. Une surprise plutôt prévisible. Pourtant inattendue. Mais l’effet procuré était vraiment soudain. Un peu jouissif, enfin libéré du nerf de boeuf avec qui aucune discussion n’était possible sans qu’éclate un tollé général. Un réveillon là-haut, penses-tu ? N’y songe même pas. La dernière fois… oui la dernière fois … oui. Il n’y a jamais eu de dernière fois, de dernier réveillon. Depuis le début de l’histoire c’était tous les mêmes … la spirale infernale...  . Chaque fois ou presque. Une dégringolade dans l’absurde , le néant de l’hyper sensibilité. Pas un sursaut de tendresse, un mouvement de recul, pour se dire, mince. La dernière fois c’était toujours la même... Recommencée ! Un demi-siècle de réveillons, tous les mêmes. Ce jour-là j'ai retrouvé  mes repères. Je courrais derrière un mort, ça, ça avait été le décor habituel de l’histoire. J’étais à nouveau dans  l’histoire ! Avec des morts glauques, laids et vieux. Ce genre de mort qu’on ne souhaite pas trouver dans une histoire. Pas vraiment agréables à regarder. Pas du tout apaisés, des morts déchirés de l’intérieur. Avec le maquillage post mortem. Le seul qui aurait pu échapper au dégout, avait vingt-ans le jour de sa mort mais j’ai du le récupérer au bout d’une corde vraiment bien attachée à la branche principale d’un noyer. Se pendre à un noyer, quelle désespérance ! La langue tirée hors de la bouche un soir de Novembre à quatre jours près qui coïncidaient avec le dernier mort en date. Je roulais. Ce jour-là encore j’aurais du faire demi-tour, chaque jour, chaque fois, j’aurais dû refuser le voyage. On n’a jamais qu’une famille, il suffit de bien tomber. C’était pas le cas. En même temps c’est le jour du troisième cadavre que j’ai compris pourquoi j’étais mal tombé. Quand l’autre m’a reproché de l’avoir tuée. Ca ne laisse aucun doute. Et pourtant je me suis longtemps posé la question. Pendant quarante ans. Pourquoi l’Espagnole était venue me dire une saleté pareille dans l’oreille, ce jour-là . Justement ce jour-là. Je n’avais pas le profil d’un tueur. À dix ans comment débusquer un futur assassin. Mais elle a préféré être franche, les espagnoles sont franches paraît–il ? Bon en même temps avec le temps j’ai compris ce qu’elle a voulu me dire ce jour-là. C’est simple je n’aurais jamais du naitre. C’est ce qui l'avait tuée, l’autre. Les médecins l'avaient prévenue. Donc dix ans plus tard tout ça était logique, effectivement je l’ai tuée ! Avec le recul on s’en fout. Si. Vous verrez quand ça arrive ! On s'en fout ! On est là c’est tout ce qui compte, l’autre est partie ! C’était elle ou moi ! On dit ça aussi en temps de guerre. Maintenant que j’ai compris ça, tout va bien mieux. Il m’a fallu du temps. L’Espagnole m’a fait perdre un sacré tas d’années à me poser la même question, dans ma tête. Mais là, je roule. Je vais retrouver le dernier cadavre de l’histoire avant le mien et c’est apaisant. Parce qu’au prochain cadavre je ne roulerai plus nulle part.

 LES SÉCRÉTIONS INDIGNES / LUC EYRAUD 

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