Pre sentation1titre 1

EXTRAITS du roman Les sécrétions indignes

Untitled 3

   Luc Eyraud

 

les sécrétions

indignes

roman

 

Durant le discours du directeur, je pense à mon arrivée cette nuit, j’ai dû enjamber un sac de couchage avant d’entrer dans la cuisine, voir le mort.

 Dans le vestibule, y a une forme qui sommeille, par terre, entre le lit et le mur. Juste dans le passage qui donne sur la cuisine.

— Fais attention !

  Je vois une tête qui sort du sol. Sous le duvet, qui pointe. J’ai du mal.

 — Qui c’est ?

Je viens de faire six cents kilomètres. Il est minuit. La tête est embuée. Ça a du mal à ouvrir les yeux. Évidemment, je les tire du lit. Mais j’ai fait la route d’une traite non ? Je voulais le voir, lui. J’ai vu le mort-assis, la gueule givrée dans la fenêtre. J’ai failli l’écraser, elle, l’instant d’avant, dans son duvet :

- Fais attention ! 

Je vois la tête… !

C’est mon Ex ! Cheveux courts. Je me dis que ça ne lui va pas du tout. Mais je lui dis rien. C’est son problème. Je lui demande juste 

ce qu’elle fait là. Elle bafouille. Je n’entends pas très bien. J’ai une oreille sourde depuis l’époque où je travaillais sur des toitures. Le bruit d’une disqueuse qui dé-coupait les tuiles. Ça criait dans mes oreilles. Le tympan droit n’a pas aimé.

Et puis, j’enjambe. C’est surréaliste, je me dis. Enjamber mon ex, couchée par terre. Pour retrouver le mort-assis. Dans son fauteuil. Devant la fenêtre, ouverte. Et L’hiver. Je le répète. Les mêmes mots. Enjamber. Ex. Par terre. Duvet. Mort. Assis. Gueule. Givre. Fenêtre. Je répète. C’est bien la situation la plus surréaliste qu’il m’ait été donné de vivre. Je répète. Enjamber. Ex. Par terre. Duvet. Mort. Assis. Gueule. Givre. Fenêtre. N’y a-t-il pas une image ? Un symbole à interpréter ? Je dois récupérer ça. Chercher en mythologie. Chercher en philologie. En fée du logis. Dante, chez lui, y a sûrement un vieux, mort-assis, et une fille-sol couchée entre le héros et le roi mort. Le héros doit tuer l’ex, sûrement, pour accéder au pouvoir du roi mort. Un truc dans le genre. Un symbole.

1/ Je dois piétiner la louve pour sauver le père.

2/ Le jour où je tue le père, mon ex se couche en travers.

3/ Je l’enjambe, elle, puis je lui coupe le nœud sur sa tête 

à l’autre.

4/ Je la piétine, lui massacre les côtes à coups de pied et je balance le corps de l’autre par la fenêtre dans le brouillard givrant.

Si. Là. Y a quelque chose. L’image ! Un symbole. Un symbole de pouvoir nietzschéen. J’ai pas lu Nietzsche. Ou alors très vite, trois passages. Je vais le lire. Trouver le symbole. (De l’ex par terre et du mort… assis !)

 « Il y a des silences qui en disent long comme il y a des paroles qui ne signifient rien » Bon merci, Nietzsche. J’aurais trouvé ça, moi aussi. Tout seul.

à l’autre.

4/ Je la piétine, lui massacre les côtes à coups de pied et je balance le corps de l’autre par la fenêtre dans le brouillard givrant.

Si. Là. Y a quelque chose. L’image ! Un symbole. Un symbole de pouvoir nietzschéen. J’ai pas lu Nietzsche. Ou alors très vite, trois passages. Je vais le lire. Trouver le symbole. (De l’ex par terre et du mort… assis !)

 « Il y a des silences qui en disent long comme il y a des paroles qui ne signifient rien » Bon merci, Nietzsche. J’aurais trouvé ça, moi aussi. Tout seul.