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PLAGIATS

Luc Eyraud Plaghbon1

 La P'tite Hélène Éditions

 cat : Nouvelles 

 ISBN 978-2-9558519-1-3

Extrait:

Al m’avait convoqué, je ne dirais pas invité, non convoqué tout bonnement, c’était bien la première fois depuis que nous nous connaissions qu’il composait mon numéro de téléphone et j’avais tant attendu ce jour là et depuis si longtemps. Je l’avais tant arrosé de bière et d’alcool ce grand personnage, tellement louvoyé autour de lui, l’ayant encensé par tout le pays, présenté à toutes mes relations comme écrivain connu de chez beaux livres, les autres se pâmant devant lui, roucoulant à ses oreilles . Et Al par ci et Al par là et « rouh rouh rouh » cela faisait autour de nous. Mes amies surtout l’adorèrent, dés qu’elles surent le nombre de tirages que ce jeune godiveau publié Chez beaux Livres, certaines confondant tirages et tirades. Al le petit Al sut bien en profiter mais qui le lui reprocherait à cette heure !

Suite à ce coup de fil inattendu de sa part donc, je pensais qu’enfin il venait d’ouvrir les yeux, qu’il me découvrait, qu’il venait de s’apercevoir qu’une lueur de génie pointait en moi par le biais de la première épreuve d’un roman que je venais de lui faire passer par l’intermédiaire de sa femme. Pour une fois il était à l’heure, en avance même. Ce n’était pas le bistrot habituel, j’aurais du me douter que quelque chose n’allait pas. Le café se tenait à trois rues de chez lui, j’aurais pu penser que s’il n’avait pas daigné faire l’effort d’aller jusqu’à notre bar rituel c’est que quelque part il n’avait rien de bon à m’annoncer. Il rayonnait mais d’une lueur froide, me visant avec son regard de hibou myope et dévot de lui-même. Al n’avait jamais aimé que lui, cela se lisait clairement dans ses yeux mais là à cet instant je sentais bien que quelque chose l’agaçait. Je m’asseyais enfin face à lui, joignant presque les mains et baissant la tête en signe de soumission face à l’érudition faite homme. J’osais à peine un bonjour timide et révérencieux devant l’être lumière et sublime et clinquant qui comptait ses tirages dans sa tête, ceux de son dernier roman :

Je pensais que le pot aux roses, était découvert, que sa femme pécheresse avait craqué lui avouant que nous nous voyons en cachette et ce le matin même. Que soupçonneux il avait du la tancer vertement pour qu’elle avoue notre faute, mes suçons irrévérencieux, mes léchés intenses, mes absorptions goulues, mes aspirations rayonnantes…

Mais de ceci il ne fut point question.

 

Et sortant de sa poche la première épreuve de mon roman que je pensais, achevé, il me la jeta en pleine face, d’un geste filandreux et dégoûté. Des sueurs froides nimbèrent mon dos de leurs décoctions désagréables, je frémissais du col, arpentant du regard l’assistance de plus en plus amusée de ma déconvenue, honteux dépité, je refluais, baissais le regard, cafard de moi-même ! Altier, l’instant d’avant, je coulais dans un abîme, j’étouffais dans des miasmes indescriptibles, je cahotais, voilà je cahotais tout seul face à la sentence de ce grand, ce très grand. Je venais juste de pondre dans le vide, un œuf stérile et sans vie, un caillot d’ignominie infâmes, un amas de grotesque, un tas d’immondices vespérales, une erreur humaine.

En tout cas c’est ce que l’ange ravi cherchait à me faire comprendre outré, ravageur, il continuait de plus belle à m’en faire voir de toutes les couleurs, des prunes blettes, des cerises confites ; il revenait à la charge encore, le sale :

Je pensais oui, assurément que, mais me suis bien gardé de le lui dire, n’étant pas encore assez tenace pour me mesurer à lui si ce n’est en distribuant quelques claques mais la violence ne résolvant rien, je me tus. Soumis mais bien persuadé que ce congre innommable méritait encore d’autres verves incendiaires sur la page blanche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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